Lettre ouverte des Écologistes aux agriculteurs et agricultrices de France

Mesdames et messieurs,

Les crises qu’essuie la profession agricole depuis plusieurs années, avec une récurrence de plus en plus fréquente, qu’elles soient sur le plan économique, climatique, social et écologique, sont d’abord étroitement liées, mais révèlent surtout, avec une incontestable acuité, que nous sommes confrontés, non plus à un enchaînement de crises conjoncturelles, mais bien à une crise structurelle profonde. Cette crise exige le soutien massif à une agriculture qui doit savoir se réinventer.

Les logiques de développement agricole imaginées depuis 60 ans sont basées sur un productivisme qui affaiblit sévèrement la biodiversité, la fertilité des sols, et accélère inexorablement le dérèglement climatique et la raréfaction de l’eau. Ces logiques, qui nous ont conduit au marasme actuel, ne peuvent plus être porteuses de solutions pour l’avenir. Nous devons ensemble repenser l’avenir de l’agriculture, des agricultrices et des agriculteurs, avec des réglementations qui les protègent, et des politiques publiques qui les accompagnent efficacement dans cette bifurcation devenue incontournable, convoquant enfin, le bon sens paysan.

Les crises sanitaires à répétition qui impactent l’élevage sont une première illustration des impasses que produisent les pratiques d’élevages spécialisés concentrant des animaux. Celles-ci entraînent l’émergence de foyers pathogènes majeurs conduisant à de nouvelles épizooties. Nous devons donc bien sûr créer les conditions de protection sanitaire de ces troupeaux, avec notamment une stratégie de vaccination massive, mais aussi frapper une fois de plus à la porte du bon sens paysan, et redécouvrir les vertus d’élevages diversifiés, à taille humaine, de plein air, basés sur des races locales et anciennes, particulièrement rustiques et bien adaptées aux zones sur lesquelles elles évoluent. L’actuelle réticence à déployer une large vaccination pour lutter contre la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC), au motif qu’elle perturberait les flux d’exportation, montre clairement les pleines limites de cette économie agricole qui préfère protéger les usines tournées vers l’export, plutôt qu’une réelle réponse sanitaire à ce fléau.

Lire la suite...