Les actus du Sénat

Les questions au gouvernement
par Thomas DOSSUS, sénateur EELV du Rhône
Madame la ministre,
Dans un peu plus d’un mois commencera la 22e coupe du monde de football, au Qatar. Sans préjuger de la sélection finale, cette année nous avons une équipe de très haut niveau, et cette coupe du monde aurait dû être une très belle fête pour la France. Pourtant, on le voit, il y a un malaise qui monte - pour ne pas dire du dégoût - y compris chez certains des plus fervents supporters des Bleus.
En réalité, nous sommes face à un dilemme : une troisième étoile sur le maillot bleu vaut-elle toutes les compromissions ? Car des compromissions il y en a eu, et il y en a encore.
En 2010, Kylian Mbappé n’avait que douze ans, mais à cette époque Nicolas Sarkozy œuvrait avec succès pour que la monarchie qatarie se voit attribuer l’organisation de l’événement. Douze ans plus tard, on s’apprête à jouer la plus grande compétition de football sur les cadavres des 6 500 travailleurs qui ont
participé à la construction de stades climatisés. Douze ans plus tard, les droits humains n’ont pas progressé au Qatar, les minorités sexuelles sont toujours persécutés, les femmes ne sont pas libres, l’esclavage continue. Douze ans plus tard, le climat prend la trajectoire du chaos global et on continue d’organiser des grands événements sportifs dans le déni climatique, en dépit de toutes les
alertes, de toutes les catastrophes, de tous les emballements, de tous les drames qui surviennent. Alors vous me direz, madame la ministre, que vous n’êtes pas comptable des compromissions passées. Mais la France s'apprête à exporter dès demain son savoir-faire en matière de sécurité en le mettant au service de la dictature qatarie, avec l’envoi de 220 gendarmes et agents de la sécurité civile - tous des
hommes bien sûr, pour ne pas choquer le rigorisme religieux des émirs. Pourtant, madame la ministre, au-delà du rayonnement de nos équipes nationales, le sport français devrait être un réel vecteur d’engagement en faveur des droits humains et du climat.
Ma question est donc la même que celle que je posais à votre prédécesseuse il y a quelques mois à l’occasion des JO au pays du génocide Ouighour. Si nos joueurs n’ont pas à assumer les choix politiques de la France, allez-vous de votre côté, au moins boycotter diplomatiquement cette coupe du monde de la honte et de la compromission ?
Allez-vous enfin engager votre ministère dans une réelle diplomatie sportive au service du climat et des droits humains ?